Quelques questions à « Hiraf »

par Espace Théosophie
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Ceci est l’un des premiers article d’H.P. Blavatsky, dont elle dira qu’il fut « Son premier tir occulte ». L’article est publié en anglais sur le site Universal Theosophy : https://universaltheosophy.com/hpb/a-few-questions-to-hiraf/
L’article fut publié pour la première fois dans la revue américaine Spiritual Scientist, des 15 et 22 juillet 1875
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Parmi les nombreuses sciences étudiées par l'armée bien disciplinée des chercheurs sérieux de ce siècle [le 19ème siècle], aucune n'a eu moins d'honneurs ou n’a été plus moquée que la plus ancienne ‒ la science des sciences, la vénérable parente mère de toutes nos imitations modernes. Soucieux, dans leur vanité mesquine, de jeter le voile de l'oubli sur cette origine incontestable, les scientifiques, positivistes autoproclamés, toujours sur le qui-vive, opposent une formidable série d'obstacles au courageux savant qui tenterait de s'écarter du chemin battu tracé par ses prédécesseurs dogmatiques.

En règle générale, l'Occultisme est une arme à double tranchant, dangereuse, pour celui qui n'est pas prêt à y consacrer toute sa vie. Sa connaissance théorique, non suivie d'une vérification pratique sérieuse, restera toujours aux yeux de ceux qui ont des préjugés contre une cause si impopulaire, une spéculation idiote et folle, propre à ne charmer que les oreilles de vieilles femmes ignorantes. Si nous jetons un coup d'œil en arrière, nous voyons comment, depuis trente ans, le spiritisme moderne a été traité, malgré les preuves apportées chaque jour et chaque heure. Ces preuves parlent à l’ensemble de nos sens, nous regardent fixement dans les yeux, et nous font entendre leurs voix « de l’au-delà du grand gouffre » [qui nous sépare de ce plan matériel]. En conséquence, comment espérer que l'Occultisme ou la Magie ‒ dont le rapport au Spiritisme est comme l'Infini par rapport au fini, la cause par rapport à l'effet, ou l'unité par rapport à la multiplicité ‒ qu'il soit reconnu sur le terrain même où le Spiritisme est bafoué ? Celui qui rejette a priori, ou doute, de l'immortalité de l'âme humaine ne pourra jamais croire à son Créateur. Il sera aveugle à tout ce qui apparait comme hétérogène à ses yeux et sera encore plus aveugle à ce qui procède de l'Homogène. Concernant la Cabale, ce manuel mystique de tous les grands secrets de la Nature, nous ne connaissons personne, en ce siècle, possédant un courage moral suffisamment fort, (égal à celui qui enflamme le cœur du véritable adepte ayant le feu sacré contagieux), pour défier l'opinion publique, en dévoilant sa connaissance intime de cet ouvrage sublime. Le ridicule est l'arme la plus mortelle de l'époque, et quand nous lisons dans les annales du passé, le cas de milliers de martyrs bravant joyeusement les flammes et bûchers pour défendre leurs doctrines mystiques, il est peu probable que nous puissions trouver aujourd’hui ne serait-ce qu’un seul individu suffisamment courageux pour défier les moqueries en entreprenant sérieusement de prouver les grandes vérités des traditions passées.

Comme exemple, je mentionnerai l'article sur le Rosicrucianisme, signé "Hiraf" [paru dans le journal Spiritual Scientist, du 8 juillet 1875, p. 212]. Cet essai bien écrit, malgré quelques erreurs de fond qui ne seront remarquées que par ceux ayant consacré leur vie à l'étude de l'Occultisme et ses applications pratiques, montre de manière certaine au vrai lecteur qu’en ce qui concerne la connaissance théorique, l'auteur n'aura à craindre que peu de rivaux, et encore moins de supérieurs. Sa modestie, que je ne saurais que trop apprécier dans son cas - bien qu'il soit suffisamment protégé derrière le masque de son pseudonyme fantaisiste - ne doit lui donner aucune appréhension. Il y a peu de critiques du positivisme dans ce pays qui ne se risqueraient volontiers dans une confrontation avec un opposant aussi fort, sur son propre terrain. Les armes qu'il semble garder en réserve, dans l'arsenal de sa merveilleuse mémoire et de son savoir, et son empressement à donner toute information nécessaire à tout enquêteur désireux, effrayeront sans aucun doute tout théoricien, à moins que ce dernier ne soit parfaitement sûr de lui, ce qui est rarement le cas. Mais les connaissances livresques - et je ne parle ici que d’Occultisme - aussi vastes soient-elles, s'avéreront toujours insuffisantes, à l'esprit analytique le plus avisé, pour extraire la quintessence de la vérité disséminée dans des milliers d’écrits contradictoires, sauf si elles sont étayées par l’expérience et la pratique personnelle. C'est pourquoi Hiraf n’a pas à craindre d’affronter ceux qui pourront trouver une occasion de réfuter certaines affirmations audacieuses en s’appuyant sur l’acquis de leur petite expérience concrète. Mais il ne faut pas croire que ces lignes ont pour but de critiquer un trop humble enquêteur. Loin de moi, pauvre ignorante, d’avoir une telle pensée présomptueuse. Mon désir est simplement de l'aider dans sa quête scientifique, mais, comme je l'ai déjà dit, peu probable, en lui faisant part du peu que j'ai appris au cours de mes longs voyages à travers tout l'Orient - le berceau de l'Occultisme - dans l'espoir de corriger certaines notions erronées qu'il pourrait avoir ou qui sont placées intentionnellement pour confondre un enquêteur non-initié sincère qui désirerait s'abreuver à sa propre source de connaissance.

En premier lieu, Hiraf doute qu'il existe, en Angleterre ou ailleurs, ce que nous pourrions appeler des collèges qualifiés pour les néophytes de cette Science Secrète. De ma propre expérience je dirais que de tels lieux existent aujourd’hui en Orient – Indes, Asie Mineure et ailleurs – pour ceux qui désirent apprendre la Grande Vérité, comme au temps de Socrate et d’autres sages de l'Antiquité. Ils ne trouveront l’opportunité d’entrer que s'ils « s’efforcent » de rencontrer quelqu'un qui pourra les conduire à la porte de celui « qui sait quand et comment ». Si Hiraf a raison au sujet de la septième règle de la Confrérie de la Rose-Croix selon laquelle « le Rose-croix devient et n'est pas fait », il peut se tromper sur des aspects particuliers qui ont toujours existé parmi les diverses Confréries consacrées à la poursuite de la même connaissance secrète. Et lorsqu'il affirme que le Rosicrucianisme est pratiquement tombé dans l’oubli, nous pouvons lui répondre que nous ne sommes pas étonnés, et même ajouter, qu’à proprement parler, il n’y a plus de Rosicrucien, car le dernier de cette Fraternité fût Cagliostro (1).

Au minimum, Hiraf devrait compléter le mot Rosicrucianisme, par « cette secte particulière », car ce n'était qu'une secte après tout, une des nombreuses branches du même arbre.

En omettant cette qualification particulière, et en englobant sous le nom de Rose-Croix tous ceux qui sont réunis en confréries et consacrent leur vie à l'Occultisme, il commet l’erreur par laquelle certains pourraient croire que si les Rose-Croix ont disparu, il n'y a plus sur terre de Cabalistes pratiquant l'Occultisme. Il se rend aussi coupable d'un autre anachronisme (2), en attribuant aux Rose-Croix la construction des Pyramides et d'autres monuments imposants, qui montrent dans leur architecture des symboles des grandes religions du passé. Car il n'en est rien. Si l'objet principal en vue était et est toujours le même dans toute la grande famille des Cabalistes anciens et modernes, les dogmes et les formules de certaines sectes peuvent diverger largement. Issues l'une après l'autre de la grande racine-mère orientale, elles se sont dispersées dans le monde entier, et chacune d'elles, en désirant surpasser les autres, a plongé de plus en plus profondément dans les secrets jalousement gardés par la Nature, jusqu’à se rendre coupable de grande hérésie face à la Cabale orientale primitive.

Quand les premiers adeptes des sciences secrètes enseignées aux Chaldéens, par des nations dont le nom même est oublié de l'histoire, restaient figés, dans l’apogée de leurs recherches, à l'Oméga de toute la connaissance permise à l'homme, beaucoup des sectes qui suivirent se séparèrent d'eux. Ces sectes dans leur soif insatiable de toujours plus de connaissance, sortirent des frontières de la vérité, et tombèrent dans des fictions. Pythagore, nous dit Jamblique, avait pénétré par la force intense de son énergie et de son audace dans les mystères du temple de Thèbes, et y avait obtenu l’initiation avant d’étudier les sciences sacrées en Égypte pendant vingt-deux ans. À sa suite de nombreux étrangers furent admis à partager le savoir des sages de l'Orient, ce qui causa la divulgation de nombre de leurs secrets. Plus tard, ne pouvant les conserver dans leur pureté, ces mystères furent profondément mêlés aux fictions et aux fables de la mythologie grecque au point de dénaturer totalement la vérité.

De même que la religion Chrétienne primitive se divisa, avec le temps, en de nombreuses sectes, comme la science de l'Occultisme donna naissance à une variété de doctrines et à diverses confréries. Ainsi, les Ophites égyptiens devinrent les Gnostiques chrétiens, qui donnèrent naissance aux Basilidiens du deuxième siècle, et les Rosicruciens d’origine firent suivis des Paracelsistes, des Philosophes du Feu, des Alchimistes européens et d'autres branches physiques de leur secte (voir l’ouvrage The Rosicrucians de Hargrave Jennings.) Appeler indifféremment chaque Cabaliste un Rosicrucien, c'est commettre la même erreur que si nous appelions tout Chrétien un Baptiste au motif que ces derniers sont aussi des Chrétiens.

La Confrérie de la Rose-Croix ne fut pas fondée avant le milieu du treizième siècle et, malgré les affirmations du savant Mosheim, elle ne tire son nom ni du mot latin Rōs (rosée), ni d'une croix, symbole de Lux. L'origine de la Fraternité peut être vérifiée par tout étudiant sérieux et authentique de l'Occultisme, qui voyage en Asie Mineure, s'il choisit de se lier avec certains membres de la Fraternité, et s'il est prêt à se consacrer au travail harassant de déchiffrer un manuscrit Rosicrucien, - la chose la plus difficile au monde, car son sens est soigneusement conservé dans les archives de la Loge même qui a été fondée par le premier Cabaliste de ce nom, mais qui porte maintenant un autre nom. Son fondateur, un Chevalier allemand, appelé du nom de Rosenkreutz, fut un homme suspecté d’avoir d’abord pratiqué l'Art Noir, dans son pays natal, avant de se raviser à la suite d'une vision. Abandonnant, alors, ses mauvaises pratiques, il fit un vœu solennel et se rendit à pied en Palestine, pour faire « amende honorable » auprès du Saint-Sépulcre. Une fois sur place, le dieu Chrétien, le Nazaréen doux et bien informé, instruit dans la haute école des Esséniens, ces vertueux descendants des Chaldéens botanistes, astrologues et magiciens, apparut à Rosenkreutz, - un chrétien dirait, dans une vision, mais je suggérerais plutôt, sous la forme d'un esprit matérialisé. Le but de cette vision, ainsi que le sujet de leur conversation, est resté à jamais un mystère pour beaucoup de Frères ; mais immédiatement après, l'ex-sorcier et Chevalier disparut, et on n'en entendit plus parler jusqu'à ce que la mystérieuse secte des Rosicruciens vienne s'ajouter à la famille des Cabalistes, et que leurs pouvoirs éveillèrent l'attention populaire, même parmi les populations Orientales, indolentes, et habituées comme elles le sont à vivre entourés de prodiges. Les Rose-Croix s'efforçaient de réunir les branches les plus diverses de l'Occultisme, et ils devinrent bientôt renommés pour l'extrême pureté de leur vie et leurs pouvoirs extraordinaires, ainsi que pour leur connaissance approfondie du secret des secrets.

Leurs œuvres d'alchimistes et de thaumaturges, devinrent proverbiales. Plus tard (je n'ai pas besoin d'informer Hiraf de quelle date exacte il s’agit, puisque nous nous abreuvons à deux sources de connaissance différentes), ils donnèrent naissance aux Théosophes plus modernes, à la tête desquels se trouvait Paracelse, et aux alchimistes, dont l'un des plus célèbres fut Thomas Vaughan (XVIIe siècle) qui écrivit, sous le nom d'Eugène Philalèthe, les choses les plus pratiques sur l'Occultisme. Je sais et je peux prouver que Vaughan était, très véritablement, « fait avant de devenir ».

La Cabale rosicrucienne n'est qu'un épitomé combiné de la Cabale Juive et de la Cabale Orientale, cette dernière étant la plus secrète de toutes. La Cabale Orientale, la seule copie pratique et complète qui existe, est soigneusement conservée au siège de cette Fraternité en Orient, et je peux garantir qu'elle n’en sortira pas. Son existence même a été mise en doute par de nombreux Rosicruciens européens. Celui qui veut « devenir » [un Occultiste] doit chercher la connaissance dont il a besoin dans des milliers de volumes éparpillés, et recueillir petit à petit à travers faits et expériences. S’il préfère prendre le chemin le plus court et consente à « être fait », il ne deviendra jamais un cabaliste pratique, et malgré tout son savoir, il restera au seuil de la « porte mystérieuse ». Aujourd’hui, la Cabale peut être utilisée et ses vérités transmises partiellement, comparé à ce qu’il en était dans l'antiquité. On peut douter de l'existence de la Loge mystérieuse, puisqu’elle est secrète, mais elle existe toujours et elle n'a perdu aucun des pouvoirs secrets primitifs des anciens Chaldéens (3). Les loges, peu nombreuses, sont divisées en sections et connues seulement des adeptes ; personne ne peut espérer les découvrir, à moins que les sages eux-mêmes ne trouvent le néophyte digne d'être initié. Contrairement aux Rose-Croix européens qui, pour « devenir sans être faits », ont constamment suivi les paroles de Jean [le Baptiste], quand il dit : « Le Royaume des Cieux souffre la violence, et des violents s’en emparent » [Matthieu 11, 12], et ont lutté seuls, pour dérober de force les secrets de la Nature ; alors que les Rose-Croix orientaux (car c'est ainsi que nous les appellerons, n'ayant pas le droit de prononcer leur vrai nom), baignant dans la béatitude sereine de leur connaissance divine, sont toujours prêts à aider tout étudiant sérieux qui lutte pour « devenir » en lui communiquant les connaissances pratiques, qui dissipent, comme une brise céleste, les nuages les plus noirs du doute sceptique.

Dans l'état chaotique actuel de la société, Hiraf a encore raison de dire qu’ils doivent garder cette connaissance en eux-mêmes, car « si leurs mystères étaient divulgués, ils ne produiraient que confusion et mort ». Héritiers de la sagesse divine de leurs premiers ancêtres, ils gardent les clés qui donnent accès aux secrets les mieux gardés de la Nature, et ne les divulguent que progressivement et avec la plus grande prudence. Cependant il leur arrive de les transmettre ! Une fois dans un tel cercle vicieux [en français dans le texte], Hiraf pèche alors dans une certaine comparaison qu'il fait entre le Christ, le Bouddha et Kǒng Fūzǐ, ou Confucius. Une comparaison peut difficilement être faite entre les deux premiers Illuminés, sages et spirituels, et le philosophe chinois. Les aspirations et les vues supérieures des deux Christs n'ont rien à voir avec la philosophie froide et pratique du dernier ; brillante anomalie car il vivait au sein d'un peuple naturellement terne et matérialiste, pacifique et voué à l'agriculture depuis les premiers âges de son histoire. Confucius ne peut en aucun cas être comparé aux deux grands réformateurs. Alors que les principes et les doctrines du Christ et du Bouddha s’adressent à toute l'humanité, Confucius a limité son attention à son propre pays, s'efforçant d'appliquer sa profonde sagesse et sa philosophie aux besoins de ses compatriotes, ne se préoccupant guère du reste de l'humanité. Intensément chinoises par le patriotisme et les perspectives, ses doctrines philosophiques sont aussi dépourvues de l'élément purement poétique qui caractérise les enseignements du Christ et du Bouddha, les deux exemples divins ; de même que les dispositions religieuses de son peuple manquent de cette exaltation spirituelle que nous trouvons, par exemple, en Inde. Kǒng Fūzǐ n'a pas non plus la profondeur de sentiment et la subtile quête spirituelle de son contemporain, Lao-Tseu. Selon le savant Ennemoser, « les spiritualités du Christ et du Bouddha ont laissé des traces indélébiles et éternelles sur toute la surface du monde. Les doctrines de Confucius ne peuvent être mentionnées que comme les plus brillants produits d’un froid raisonnement humain. » Harvey [C. F. Haug], dans son Histoire universelle [Allgemeine Geschichte, p. 127], a parfaitement dépeint la nation chinoise, par ces quelques mots : leur « nature lourde, puérile, froide, sensuelle explique les particularités de leur histoire. » Dès lors, Hiraf en traitant de la Science des Sciences dans son essai sur le Rosicrucianisme, où il invite les assoiffés de savoir à s'abreuver à cette source inépuisable, toute sa comparaison entre les deux premiers réformateurs et Confucius paraît inacceptable.

En outre, lorsque notre savant auteur affirme dogmatiquement que le Rosicrucien apprend, mais n’utilise jamais le secret de l'immortalité dans la vie terrestre, il ne fait qu’affirmer ce que lui-même croit impossible par manque d’expérience pratique. Les mots « jamais » et « impossible » ne devront pas être effacés du dictionnaire de l'humanité, tant que la grande Cabale ne sera pas comprise, et rejetée ou acceptée. Le « comte de Saint-Germain » est, jusqu'à ce jour, un vrai mystère, comme le Rosicrucien Thomas Vaughan. Les innombrables témoignages que nous avons dans la littérature, comme dans la tradition orale (parfois plus digne de confiance), sur le fait que ce merveilleux comte a été rencontré et reconnu au cours des siècles, ne sont pas des mythes. Quiconque admet une des vérités pratiques des sciences occultes enseignées dans la Cabale, doit tacitement les admettre toutes. C’est l’« être ou ne pas être » d'Hamlet, et si la Cabale est vraie, alors Saint-Germain n’est pas un mythe.

Mais je m'éloigne de mon objet, qui est, premièrement, de montrer le peu de différences entre les deux Cabales, celle des Rose-Croix et la Cabale orientale ; et, deuxièmement, de dire que l'espoir d’Hiraf de voir le sujet mieux apprécié dans le futur qu'il ne l'a été jusqu'à présent, pourrait être plus qu'un espoir. Le temps révèlera bien des choses ; d'ici là, remercions chaleureusement Hiraf pour ce premier tir bien dirigé contre ces égarés scientifiques obtus qui devant la Vérité, évitent de la regarder en face, et n'osent même pas jeter un coup d’œil en arrière, de peur de perdre grandement leur autosuffisance. En tant qu'adepte pratique de la spiritualité orientale, je peux attendre avec confiance le moment où, avec l'aide opportune de ceux « qui savent », le spiritisme américain, qui, dans sa forme actuelle, s’avère être déjà une véritable plaie pour les matérialistes, deviendra une science d’une certitude mathématique, au lieu de n'être considéré que comme le délire insensé de monomaniaques épileptiques.

La première Cabale par laquelle un être humain mortel a osé expliquer les plus grands mystères de l'univers et montrer les clefs « des portes cachées dans les remparts de la Nature qu’aucun mortel ne peut passer sans éveiller des sentinelles redoutables jamais perçues de ce côté du mur », fut compilée par un certain Siméon ben Yochai, qui vécut à l'époque de la destruction du second Temple. Ce n'est qu'environ trente ans après la mort de ce Cabaliste renommé que ses manuscrits et commentaires écrits, qui étaient gardées jusqu'alors dans le plus grand secret, furent exploités par son fils, le Rabbin Eliezer et d'autres érudits. En compilant l'ensemble des écrits, ils produisirent le célèbre ouvrage appelé le Zohar (Le livre de la Splendeur de Dieu). Ce livre s'est avéré être une mine inépuisable pour tous les cabalistes ultérieurs, la source de leur information et de leur connaissance ; et toutes les Cabales plus récentes et authentiques furent toutes plus ou moins soigneusement copiées de l’original. Avant cela, toutes les doctrines mystérieuses avaient été transmises par tradition orale ininterrompue, depuis l’époque la plus lointaine dont l’homme sur terre puisse se remémorer. Elles étaient scrupuleusement et jalousement gardées par les Sages de Chaldée, d'Inde, de Perse et d'Égypte, et passaient d'un initié à l'autre, en gardant leur intégrale pureté de forme depuis qu'elles furent transmises au premier homme par les anges étudiants du grand Séminaire Théosophique de Dieu. Pour la première fois depuis la création du monde, les doctrines secrètes, en passant par Moïse qui fut initié en Égypte, subirent quelques légères altérations. Ce grand prophète médium, dans son ambition personnelle, réussit à faire passer son esprit familier, le courroucé « Jéhovah », pour l'esprit de Dieu lui-même, et ainsi recueillit des lauriers et honneurs non mérités. La même influence l'incita à modifier certains des principes de la grande Cabale orale pour les rendre encore plus secrets. Il exposa ces principes sous forme de symboles dans les quatre premiers livres du Pentateuque, mais pour des raisons mystérieuses, il les retira du Deutéronome. Ayant initié à sa manière ses soixante-dix Anciens, ces derniers ne pouvaient redonner que ce qu'ils avaient reçu eux-mêmes, ce qui ouvrit la première opportunité d'hérésie et d'interprétations erronées des symboles. Alors que la Cabale orientale restait dans sa pure forme originelle, la Cabale mosaïque ou juive fut pleine d'ombres, et les clés de nombreux mystères – les interdits de la loi mosaïque – étaient voilés à dessein. Cependant les pouvoirs qu'elle conférait aux initiés étaient encore énormes, et les plus puissants de tous les cabalistes les plus renommés furent le roi Salomon et son père le bigot, David, nonobstant ses psaumes de pénitence. Cependant la doctrine restait toujours secrète et purement orale, jusqu'à l'époque de la destruction du second Temple, comme je l'ai déjà dit. Philologiquement parlant, le mot Cabale est formé de deux mots hébreux, et il signifie recevoir, car autrefois l'initié recevait oralement et directement de son Maître. Le livre du Zohar a été écrit sur des informations reçues d’une tradition intacte et immuable transmises par les Orientaux, et modifiées par les Juifs, selon l'ambition de Moïse.

Si les Rosicruciens primitifs ont appris leurs premières leçons de sagesse auprès de maîtres orientaux, il n'en fut pas de même de leurs descendants directs, les philosophes du feu ou les adeptes de Paracelse ; car, en bien des points, la Cabale de ces derniers Illuminés s'avère n’être qu’une sœur jumelle de la Cabale juive. Procédons par comparons. En plus d'admettre les Schedim, ou esprits intermédiaires des Juifs – les esprits élémentaires, divisés en quatre classes : air, eau, feu et minéraux - le Cabaliste Chrétien croit, comme le Juif, en Asmodée, le Toujours Maudit, notre bon ami le Satan orthodoxe. Asmodée, ou Aschmedaï, est le chef des gobelins élémentaires. Cette doctrine à elle seule diffère considérablement de la philosophie orientale qui nie que le grand Ain-Soph (l'Infini ou le Sans Limites) qui révéla sa présence à travers la substance spirituelle émanée de sa Lumière Infinie – la première Sephirah – la plus ancienne des dix Intelligences ou Émanations – ait pu créer un mal éternel et macrocosmique. La philosophie orientale enseigne que les trois premières des sept sphères [célestes] - en considérant que notre planète en est la quatrième - furent habitées par des hommes en formation, encore élémentaires, (ce qui pourrait renvoyer à la doctrine moderne de la réincarnation), qui, avant de devenir de véritables hommes, furent d’abord des êtres sans âme immortelle, faits des éléments « les plus grossiers purgés du feu céleste ». Il n’y avait pas de Mal éternel en eux. Chacun eu la chance de voir sa matière renaître sur cette « quatrième sphère », notre planète, avec ses éléments « grossiers issus de la purgation » purifiés par le Souffle Immortel de l’Ancien des Jours qui dota en outre chaque être humain d'une partie de son Soi illimité. Ainsi, commença sur notre planète la première transition spirituelle, de l'Infini en Fini, formée de la substance primordiale émanée de l'Intelligence pure, ou de Dieu, combinée à l'action de ce Principe pur sur cette purgation matérielle. C’est ainsi que l'homme immortel pu commencer son existence dotée des moyens permettant d’atteindre l'Éternité.

Dans leur forme primitive, les esprits élémentaires, si souvent confondus dans le spiritisme moderne avec les esprits non développés ou dégradés de nos morts, se tiennent par rapport à notre planète comme nous nous tenons par rapport au Summerland [Pays d’été]. Lorsque nous employons le terme « d'esprit désincarné », nous ne faisons que répéter ce que les esprits élémentaires pensent ou disent très certainement de nous, êtres humains, et s'ils sont encore dépourvus d'âme immortelle, ils sont néanmoins doués d'instinct et d'aptitudes, et nous leur paraissons aussi peu matériels que nous paraissent les esprits de la cinquième sphère. En passant dans chacune des sphères suivantes, nous perdons peu à peu de notre grossièreté primitive. Il y a donc un progrès éternel - matériel et spirituel - pour tout être vivant. La connaissance et la philosophie transcendantales des plus grands cabalistes orientaux n'ont jamais dépassé une certaine limite, et l'Hermétiste, ou plutôt le Rosicrucien, pour être précis, n'est jamais allé plus loin que résoudre les problèmes majestueux, mais plus limités, de la Cabale juive, que nous pouvons diviser ainsi :

1. La nature de l'Être suprême ;
2. L'origine, la création et la génération de l'Univers, le Macrocosme ;
3. La création, ou la génération, comme une effusion [ou involution] des anges et de l'homme ;
4. La destinée ultime des anges, de l'homme et de l'Univers, ou le retour [ou évolution] 
5. Indiquer à l'humanité quel est le sens réel de l'ensemble des Écritures hébraïques.

Comme je l'ai déjà dit, la véritable Cabale, la Cabale complète des premiers âges de l'humanité, n'est possédée que par quelques philosophes Orientaux ; il ne m'est pas donné de révéler où ils sont, ni qui ils sont. Peut-être ne le sais-je pas moi-même, et en ai-je rêvé. Des milliers de personnes diront que tout ceci n'est qu'imagination : bien ! Le temps nous le dira. La seule chose que je peux dire, c'est qu'une telle Confrérie existe et que sa localisation ne sera jamais révélée tant que l'Humanité tout entière ne se sera pas réveillée de sa léthargie spirituelle et n’aura ouvert ses yeux aveugles à la lumière éblouissante de la Vérité. Une découverte trop précoce pourrait les rendre aveugles, peut-être pour toujours. Jusque-là, les gens continueront de croire à des spéculations sur leur origine et aux faits surnaturels. L'opposition égoïste et trompeuse de la science vis-à-vis du Spiritisme en général, et plus particulièrement celle des savants, fait qu’ils oublient que leur premier devoir est d'éclairer l'humanité, au lieu de laisser des millions d’êtres se perdre et dériver comme des navires désemparés, sans pilote ni boussole, dans les bancs de sable de la superstition. Cela malgré les fureurs et les vains anathèmes criés par un clergé ambitieux et rusé, qui, plus que tout autre, devrait croire aux vérités spirituelles ; et malgré l'apathique indifférence de la classe des gens qui préfèrent ne croire en rien, et font semblant de suivre les enseignements d’une église qu'ils choisissent pour se donner respectabilité et belle apparence. En dépit de tout cela, le Spiritisme s'élèvera au-dessus d’eux, et son progrès, comme l’apparition de l’aube ou le lever du soleil, ne pourra plus être retenu. Alors, la glorieuse Vérité s'élèvera au-dessus de tous les nuages noirs amassés sur l’Orient ; et, sa brillante lumière répandra sur l'humanité ses rayons éblouissants. Ces rayons dissiperont ces nuages et les brumes malsaines des milliers de sectes religieuses qui déshonorent ce siècle. Ils réchaufferont et rappelleront à la vie les millions d’âmes souffrantes qui tremblent, à moitié gelées de froid sous la main glacée du scepticisme meurtrier. La vérité prévaudra enfin. Le Spiritisme, le nouveau conquérant du monde, renaîtra, comme le fabuleux Phénix, des cendres de son premier parent l'Occultisme, et il unira pour toujours en une Fraternité Immortelle toutes les races qui aujourd’hui s’opposent ; car ce nouveau Saint Michel écrasera pour toujours la tête du dragon de la Mort !

Je n'ai plus que quelques mots à dire avant de conclure. Admettre la possibilité qu’on puisse  devenir un Cabaliste pratique (ou un Rosicrucien, car ces noms semblent être devenus synonymes) qu’avec la ferme détermination de le « devenir », et l’espoir d’acquérir la connaissance secrète en étudiant la Cabale juive, ou toute autre qui pourrait exister, sans avoir été réellement initié par un autre, et « rendu » tel par quelqu'un qui « sait », est aussi insensé que d'espérer parcourir le fameux labyrinthe sans moyen de repère, ou tenter d’ouvrir sans clefs les serrures secrètes des ingénieux inventeurs médiévaux. Si le Nouveau Testament chrétien, la plus accessible et la plus jeune de toutes les Cabales que nous connaissions, a présenté des difficultés si insurmontables à ceux qui voulaient interpréter ses mystères et ses significations secrètes (alors que l’étude avec la clé du Spiritisme moderne, suffit à les ouvrir aussi simplement qu’ouvrir une besace dans la fable d’Ésope), quel espoir, reste-il à l’Occultiste moderne d’atteindre son but, s’il n’est instruit que de connaissance théorique ? L'Occultisme sans la pratique sera toujours comme la statue de Pygmalion, à qui personne n’a pu donner vie autrement qu’en lui insufflant une étincelle du feu divin sacré. La Cabale juive, la seule autorité pour l'occultiste européen, repose sur le sens secret des écritures hébraïques, dont les clés sont cachées par des signes inintelligibles aux non-initiés. Les adeptes ne peuvent espérer en percer le sens. La Septième Règle de la Rose-Croix selon laquelle « on devient mais n'est pas fait » a sa signification secrète, comme toute autre phrase écrite laissée à la postérité par les cabalistes. Les mots « La lettre morte tue », cités par Hiraf, peuvent être appliquée dans ce cas avec encore plus d’à-propos qu'à l'enseignement chrétien des premiers apôtres. Un Rosicrucien devait lutter SEUL et peiner de longues années avant de trouver quelques-uns des secrets préliminaires – l'ABC de la grande Cabale – correspondant à son degré de probation, et qu’après qu’aient été mises à l’épreuve toutes ses énergies mentales et physiques. Après cela, s'il en était jugé digne, le mot « Essaye » lui était répété encore une fois avant la cérémonie d’épreuve finale. Au moment où les grands prêtres du temple d'Osiris, de Sérapis, ou d’ailleurs, présentaient le néophyte devant la redoutée déesse Isis, le mot « Essaye » lui était rappelé une dernière fois. Après cela, si le néophyte pouvait supporter ce mystère final, le plus redouté, le plus éprouvant et le plus terrifiant pour celui qui ne sait pas ce qui l'attend, et si par son courage il parvenait à « soulever le voile d'Isis », il devenait un initié et n'avait plus rien à craindre. Il avait passé la dernière épreuve, et ne craignait plus de se trouver face à face avec les habitants de « l'autre rive du sombre fleuve ».

La seule cause d’horreur et de crainte que nous ressentons face à la mort provient de ne pas avoir résolu son énigme. Un chrétien la craindra toujours, plus ou moins ; un initié de la science secrète ou un vrai spirite, jamais ; car ces deux derniers ont soulevé le voile d'Isis et ont résolu la grande énigme, en théorie et en pratique.

Il y a bien longtemps, le sage roi Salomon déclarait : « Il n'y a rien de nouveau sous le soleil ». Les paroles de ce grand sage devraient être répétées jusqu'à la fin des temps. Il n'y a pas une science, ni une découverte moderne dans quelque domaine, qui n'ait été connue des Cabalistes depuis des milliers d'années. Cette affirmation peut paraître audacieuse et sotte, je le sais, car elle n'est apparemment confirmée par aucune autorité. Mais, je répondrai que lorsque nous sommes face à la vérité, elle s’impose d’autorité à nos sens. La seule autorité que je connaisse est dispersée en Orient. D'ailleurs, qui oserait, dans une Europe en perpétuel changement et recherche, ou dans une Amérique encore adolescente, se risquer à se prendre pour une autorité ! Le savant, qui hier était une autorité, devient vite un simple chercheur ayant eu de la chance et dont les hypothèses sont déjà dépassées. Combien l'astronome moderne oublie facilement que toute sa science n'est qu’un tas de miettes laissées par les astrologues Chaldéens ! Que ne donneraient pas les médecins modernes, praticiens d’une science médicale aveugle et boiteuse, pour une partie des connaissances sur la botanique et les plantes des Chaldéens (pour ne pas les citer), ou des Esséniens plus modernes. La simple histoire des peuples orientaux, à travers leurs us et coutumes, devraient offrir une garantie suffisante sur le fait qu’ils possédaient dans le passé un savoir, et qu’ils ne peuvent l'avoir totalement oublié. Alors que l'Europe a changé vingt fois de visage, en traversant des révolutions religieuses et politiques et des cataclysmes sociaux, l'Asie est restée stable. Le contexte qui prévalait, il y a deux mille ans, existe encore à quelques très petits changements près. Les connaissances pratiques que possédaient les anciens ne peuvent pas se perdre rapidement dans ce type de peuple. La forte chance de retrouver des vestiges de la sagesse connue de l'Asie antique devrait inciter notre science moderne et vaniteuse à en explorer le territoire.

Et c'est ainsi que tout ce que nous savons, que nous professons et dont nous nous nourrissons, nous vient de l'Occultisme tant dénigré et dédaigné de l'Orient. Religion et sciences, lois et coutumes, sont tous étroitement liés à l'Occultisme, et ne sont que le résultat et le produit direct, défigurés par la main du temps, ou présentés sous de nouveaux pseudonymes. Si l'on m’en demande la preuve, je répondrai qu'il n’est pas dans mes attributions d'enseigner aux autres ce qu'ils peuvent apprendre assez facilement par eux-mêmes, s'ils veuillent bien se donner la peine de lire et méditer sur ce qu'ils lisent. D'ailleurs, le temps est proche où toutes les vieilles superstitions et les erreurs des siècles passés seront balayées par l'ouragan de la Vérité. Lorsque le prophète Mahomet vit que la montagne ne venait pas à lui, il se dirigea vers elle, de même le Spiritisme moderne, venu d’Orient, est apparu de manière inattendue dans ce monde sceptique, afin que dans un avenir très proche, l'ancienne sagesse secrète soit tirée de l'oubli.

Le Spiritisme n’est encore qu'un bébé étranger et mal venu pour l’opinion publique qui, alors, cherche comme une mère nourricière à éliminer ce qui lui paraît contre nature. Mais il grandit, et ce même Orient pourrait bien envoyer un jour quelques nourrices expérimentées et intelligentes pour s'en occuper. Les tragédies de Salem sont du passé. Les coups [entendus] à Rochester, aussi faibles qu'ils aient pu être, ont réveillé quelques amis vigilants qui, à leur tour, ont éveillé des milliers et des millions de défenseurs jaloux de la vraie Cause. La partie la plus difficile est passée et la porte est entrouverte. À l’invitation d’Hiraf, il appartient aux êtres intelligents d’aider tous les chercheurs de vérité sérieux à trouver la clé qui ouvrira les portes et leur permettra de franchir le seuil séparant ce monde de l'autre monde ; « sans réveiller les redoutables sentinelles jamais perçues de ce côté-ci du mur ». Il appartient à l’Occultiste avec ses connaissances exactes d'expliquer et de changer beaucoup de ce qui parait « repoussant » dans le Spiritisme, aux âmes orthodoxes trop sensibles. Ces dernières rejetteront d’autant plus vivement les phénomènes Spirites s’ils sont mêlés à la Cabale et elles commenceront à prouver que l'Occultisme, s'il en existe un, n’est que de l'Art Noir prohibé, de la sorcellerie, justifiant de brûler ses adeptes, comme on le faisait il n'y a pas si longtemps. Dans ce cas, je répondrai humblement que tout dans la nature à deux facettes. L'Occultisme, avec la Magie Blanche et la Magie Noire, ne fait certainement pas exception à cette règle. Et il en est de même pour la religion orthodoxe. Quand un Occultiste est un véritable Rosicrucien, il est mille fois plus pur, plus noble et plus divin que le plus saint des prêtres orthodoxes ; mais quand l'un de ces derniers s'abandonne au démon turbulent de ses viles passions, et qu'il réveille en lui toutes ces entités infernales, celles-ci crient de joie devant d'une telle perversité. En quoi, je vous prie, ce prêtre orthodoxe serait-il meilleur, comparé au plus vile des sorciers qui compose avec le « Gardien » élémentaire, ou avec le « Diakka » [Démon] d’A. J. Davis ? En vérité, nous avons un Christianisme Blanc et un Noir, comme nous avons une Magie Blanche et une Noire.

Oh, vous, prêtres et ecclésiastiques très orthodoxes des diverses croyances et dénominations, vous qui êtes si intolérants à l'égard du Spiritisme, ce plus pur enfant de l'Ancienne Magie, pouvez-vous me dire pourquoi, dans un tel cas, vous pratiquez vous-mêmes quotidiennement, dans vos églises, tous les rites de magie les plus importants, et suivez les antitypes des véritables cérémonies de l’Occultisme ? Pouvez-vous allumer une bougie ou illuminer vos autels avec des cercles de lumières de cire, par exemple, sans répéter les rites de la magie ? Qu'est votre autel avec ces cierges debout allumés, si ce n'est une imitation moderne du monolithe magique originel avec en plus les feux de Baal sur lui ? Ne savez-vous pas qu'en agissant ainsi, vous suivez tout droit les pas des anciens adorateurs du feu, les Ghebers [les geberim, les puissants, de la Genèse, VI et X. 8] des Perses païens ? Et la mitre étincelante de votre Pape, qu'est-elle sinon la descendante directe du Culte de Mithra, cette coiffe symbolique inventée pour couvrir la tête des grands prêtres de l’Occultisme Chaldéen ? Après avoir subi bien de transformations, elle revêt maintenant dans sa dernière (?) forme orthodoxe, la tête vénérable de votre successeur de Saint Pierre. Les dévots du Vatican sont loin de se douter, lorsqu'ils lèvent les yeux d’adoration muette vers la tête du Pape, leur Dieu sur Terre, que ce qu'ils admirent n'est en fait que la coiffe caricaturale, le casque d'amazone de Pallas Athéna [déesse de la sagesse], ou de la déesse [romaine] païenne Minerve ! En fait, il n'y a guère de rite ou de cérémonie de l'Église chrétienne qui ne soit pas issu de l'Occultisme.

Mais dites ou pensez ce que vous voulez, on ne peut rien contre ce qui était, est et sera toujours, à savoir la communication directe entre les deux mondes. Nous appelons cette communication le Spiritisme moderne, avec le même droit et la même logique que lorsque nous disons le « Nouveau Monde », en parlant de l'Amérique.

Je terminerai en surprenant, peut-être les Spirites orthodoxes eux-mêmes, en réaffirmant que tous ceux qui ont été témoins de nos matérialisations d’authentiques formes spirituelles, sont devenus, sans le savoir, des néophytes initiés aux Anciens Mystères ; car chacun et tous ont résolu le problème de la Mort, en « soulevant le voile d'Isis ».

H.P. Blavatsky

[Notes de l’éditeur jointes à l'article publié dans le Spiritual Scientist] – Le travail de Madame Blavatsky

Le début de l'article de Madame Blavatsky, en réponse à celui d’Hiraf sur le « Rosicrucianisme », est paru dans notre numéro du 8 juillet [1875] ; la suite et conclusion est publiée cette semaine. Cet article vise à accroître, si possible, le respect qu’on devrait accorder à cette dame, pour ses talents, sa connaissance et son dévouement désintéressé à la Cause. Il est vrai qu'elle ne fait qu'effleurer les profonds mystères qui se cachent derrière tous les écrits sur l'Occultisme, et qui sont volontairement voilés au lecteur superficiel, à cause du grand danger s'ils étaient rendus facilement accessibles à l'esprit commun. Mais, sans violer ni la vérité ni la confiance qui nous est accordée, nous pouvons dire que les choses que nous avons vues nous invite à accorder une attention très respectueuse aux revendications des philosophes Orientaux, si peu civilisés et si rêveurs idéalistes qu'ils semblent paraître au monde de notre science moderne.

Nous croyons que le temps est proche où notre pseudo-Spiritisme sera purgé de ses scories, et où la véritable signification et la beauté de cette foi seront révélées. Nous croyons que le Spiritisme moderne dérive depuis longtemps vers sa perdition ; qu'il est maintenant pris dans un tourbillon du mensonge et des mauvaises passions, qui, s'il n'est pas arrêté rapidement, l’engloutira définitivement. Nous cherchons autour de nous ces chants de Lumière, qui sont prêts à s'unir à nous pour tenter de la sauver. Chaque semaine nous les appelons à voix haute, dans l’attente d'entendre l'écho de voix amies. Nous attendons, espérons, et prions pour que naisse un groupe de courageux, unis, dévoués, purs, déterminés, désintéressés, percevant bien le but à atteindre pour faire plier, dans un effort commun, tous les obstacles, comme un coup de vent plie le jonc. Nous attendons de voir se lever tous les Spirites, pour qu’ils se débarrassent de tout liens avec ces médiums charlatans qui cherchent à subjuguer tous les esprits élémentaires rôdant actuellement, inaperçus, autour de nos cercles, pour qu’ils forcent nos vrais médiums à faire et dire des choses honteuses.

Notre foi en Dieu et en Son amour pour l'Homme est si forte que nous attendons avec une calme assurance la purification de ce mouvement religieux planétaire ; l’élimination des superstitions humaines, de l'ignorance et du faux ; et l'affranchissement progressif de l'âme humaine enchaînée depuis si longtemps. C'est la mission délibérée de ce journal d'essayer de montrer quel est le bon chemin à suivre par la grande multitude de chercheurs spirituels et de croyants, et de soutenir, autant que possible, le travail de cette dame Russe, dévouée et engagée depuis de nombreuses années dans de nombreux pays.

Sit Lux.

NOTES :
1. Connaissant peu de choses de l'Occultisme en Europe, je peux me tromper ; si c'est le cas, tous ceux qui pourront prouver le contraire m'obligeront à corriger mon erreur.
2. La même erreur traverse l'ensemble de cet excellent livre, The Rosicrucians, de Hargrave Jennings.
3. Pour ceux qui sont capables de comprendre intuitivement ce que je vais dire, mes paroles ne seront que l'écho de leurs propres pensées. J'attire l'attention de ceux-ci, uniquement sur une longue série d'événements inexplicables qui ont eu lieu au cours de notre présent siècle ; sur l'influence mystérieuse qui provoque les cataclysmes politiques ; sur ce qui fait et défait les têtes couronnées ; sur ce qui provoque l’écroulement des trônes ; sur la métamorphose complète de presque toute la carte de l'Europe, en commençant par la Révolution française de 93, prédite dans ses moindres détails par le comte de Saint-Germain, dans un manuscrit autographe confié à un noble Russe et conservé par ses descendants, et allant jusqu'à la période de la récente guerre franco-prussienne. Cette influence mystérieuse appelée « hasard » par les sceptiques et Providence par les chrétiens, mérite, peut-être, un autre nom. De tous ces enfants dégénérés de l'Occultisme chaldaïque, y compris les nombreuses sociétés de Francs-maçons, une seule d'entre elles, au siècle actuel, mérite d'être mentionnée en relation avec l'Occultisme, c’est le « Carbonari ». Laissons celui qui étudiera tout ce qu'il peut sur cette société secrète, et laissons-le penser, combiner, déduire. Si Raymond Lully, un Rosicrucien, un Cabaliste, a pu si facilement fournir au roi Édouard 1er d'Angleterre les six millions de livres sterling dont il avait besoin pour faire la guerre aux Turcs à une époque lointaine, pourquoi une loge secrète ne pourrait-elle pas, de nos jours, fournir à peu près la même somme de millions à la France, pour qu’elle paye sa dette nationale. Cette même France, qui fut si magistralement, si rapidement vaincue, et qui s’est si merveilleusement remise sur pied. Des paroles en l'air ! diront certains. Très bien, mais, parfois, même une hypothèse mérite d'être examinée.