Donnez-nous un seul fait

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Depuis la dernière fois que j'ai écrit pour le Path, l'appel le plus clair que j'aie entendu de la part de nombreux étudiants occidentaux se résume dans ce cri : « Donnez-nous un seul fait ! »

Ils ont acquis le désir de connaître la vérité, mais continuent de s'attarder sur les places publiques de cette terre et de fréquenter les amphithéâtres de ces savants conducteurs d'aveugles que sont les prophètes du matérialisme. Ils déclarent que certains « scientifiques » ont demandé, en discutant de la Théosophie, pourquoi les Maîtres ne nous ont pas « donné un seul fait d'où nous pourrions partir, pour atteindre finalement une conclusion » ; et les voilà ces étudiants qui réclament très ardemment ce fait pour eux-mêmes, dussent-ils le cacher à ceux-là qui, précisément, ont formulé la question.

Pauvres enfants ! Quels sont les faits que vous désirez ? Est-ce quelque démonstration thaumaturgique stupéfiante qui ne .laissera aucune place au doute ? Si c'est cela, veuillez donc indiquer si le phénomène doit être accompli à la vue de milliers de gens, ou seulement en présence d'un seul postulant et de son cercle choisi. Dans ce dernier cas, votre demande trahit votre coupable désir de retenir pour vous ce qui appartient à la multitude. Ou peut-être voulez-vous une déclaration de fait ? Mais il faudrait, bien sûr, qu'elle ait l'appui d'une autorité, et nous, pauvres vagabonds, n'avons aucun pouvoir d'autorité dans le domaine de la science ou de l'art ; des déclarations de faits que nous pourrions faire vous seraient donc inutiles.

Et je dois vous dire en confidence comme les messagers ont reçu l'ordre de le faire précédemment, et n'y ont pas manqué qu'une démonstration d'habileté thaumaturgique en présence d'une multitude desservirait précisément les objectifs qu'ont en vue les hommes qui ont gagné la perfection. Imaginez que certains de ces êtres qui possèdent la connaissance apparaissent aujourd'hui au milieu du bourdonnement incessant de la vie américaine, dont la finalité globale semble d'ici n'être que l'acquisition de richesses : si, à la façon des deux jeunes princes du temps du Bouddha, ils devaient s'élever dans les airs sans aucune aide, et là émettre des voiles de feu, alternativement de leur tête et de leurs pieds, ou s'ils s'élevaient encore et s'éloignaient ainsi a une certaine distance en restant visibles de tous, ce phénomène démontrerait-il quoi que ce soit pour vous ? Peut-être que dans le cœur de certains étudiants ardents jaillirait le désir d'acquérir le pouvoir d'en faire autant. Mais réfléchissez et dites-moi ce que feraient la majorité des gens pour qui de telles choses sont des mythes ? Je vais vous le dire. Certains admettraient la possibilité de l'authenticité du phénomène, en cherchant des moyens et des procédés de le reproduire, afin de pouvoir l'offrir en spectacle, moyennant rémunération. D'autres, en particulier vos savants chercheurs de faits, commenceraient par nier sa vérité, en le mettant sur le compte de l'illusion, et en accusant de tricherie et d'imposture délibérée ceux qui l'auraient accompli, quel que soit leur degré réel de spiritualité, alors que certains autres assureraient même que rien ne s’est produit, en déclarant faux le témoignage oculaire de centaines de personnes [1] . D'autres encore diraient : « C'est un Dieu ! », ou bien : « C'est un démon » !, avec les conséquences correspondantes. Non amis, les véritables instructeurs ne commencent pas en jetant les fondations d'un plus grand édifice d'erreur et de tenace superstition que celles que nous essayons de détruire.

Je dois donc vous rappeler de la façon la plus sincère et véridique, que les énoncés de faits que vous désirez ont déjà été donnés mainte et mainte fois, dans de nombreux endroits, ouvrages et époques. Non seulement on peut les trouver dans notre nouvelle littérature théosophique, mais également dans celle du passé. Chaque année, pendant les siècles écoulés ces faits ont été indiqués même en anglais. Ils furent présentés au temps des alchimistes allemands et anglais, ainsi que par les cabalistes. Mais convoitise et motif erroné ont toujours constitué des barrières et des voiles que l'être érige de lui-même.

Les alchimistes de la pure école ont parlé de l'or qu'ils pouvaient fabriquer à l'aide de leurs poudres et du sel, sans oublier leur mercure. Et les cabalistes ont déclaré qu'en prononçant le nom de Jéhovah, on obtenait non seulement la formation de l'or mais aussi un pouvoir dans tous les mondes. Assurément, ces affirmations disent vrai. Ne constituent-elles pas des déclarations de faits ? Ont-elles satisfait pour autant la masse des chercheurs ? Bien au contraire, elles les ont, finalement induits en erreur. Beaucoup ont patiemment cherché la poudre, et le bon mélange de sel ou de soufre et de mercure, de façon à fabriquer de cet or métallique sans valeur, qui est aujourd'hui monnayable et demain inutile, et qui n'apportera jamais la paix au mental ni n'ouvrira la porte du futur. D'autres ont essayé, tout seuls, diverses modulations de la prononciation du prétendu nom de leur Dieu Puissant, de sorte qu'aujourd'hui ils en ont une quarantaine. Quelle ignorance aveugle ! car Dieu est Dieu et n'a pas changé avec l'ascension et le déclin des empires, ou la disparition des langues ; son nom était jadis exprimé par un son différent dans l'Egypte ou l'Inde ancienne, la Lémurie, l'Atlantide ou à Copán. Où sont donc ces nombreux sons qui disent son Très Saint Nom ? Ou alors ce Nom a-t-il été modifié ?

« Mais où est le fait », demandez-vous, « dans la prononciation du nom de Dieu ? ». La réponse est dans la question suivante : « Qu'est-ce que Dieu et qui est-il ? Il est le Tout : la terre, le ciel et les étoiles qui s'y trouvent ; le cœur de l'homme ; le monde élémental et organique ; les règnes de l'univers ; le domaine du son et le vide sans forme. La prononciation de ce Nom ne consiste-t-elle pas à devenir tous ces règnes, ces domaines, et ce pouvoir, en concentrant en vous-mêmes l'essence entière de chacun d'eux et de tous à la fois ? Peut-on arriver à ce résultat en murmurant « Jéhovah », sous une ou de nombreuses formes ? Vous voyez facilement qu'il n'en est rien. Et votre mental vous conduira au pas suivant, pour admettre qu’avant de pouvoir faire tout cela vous aurez dû passer par chacun de ces règnes, en retenant une connaissance et une mémoire parfaites de chacun d'eux, et en en devenant le maître, avant que de pouvoir tenter de réaliser la prononciation du tout. Est-ce là une petite affaire ? N'est-ce pas la tâche que karma vous a assignée, en vous obligeant à répéter comme des enfants des parties du mot, dans les expérien­ces variées qu'offrent les vies répétées passées sur terre, en vous ramenant à la leçon jusqu'à ce qu'elle soit correctement apprise ?

Et c'est ainsi que nous sommes amenés face à nous-mêmes. Comme l'ont affirmé nos ancêtres aryens et des milliers de gens après eux l'homme est lui-même un petit univers. A travers lui passent tous les fils d'énergie qui se ramifient dans tous les mondes : là où l'une quelconque de ces lignes de force le pénètre se trouve l'accès au domaine auquel cette ligne appartient. Ecoutez la Chandogya Upanishad [2]:

Là, dans la cité de Brahman (le corps) il y a une demeure, le petit lotus du cœur, et à l'intérieur de ce lotus un petit espace (...) Là, en vérité, le ciel et la terre sont tous deux contenus, ainsi que le feu et l'air, le soleil et la lune, l'éclair et les étoiles : tout ce qui appartient au Soi ici dans ce monde, et ce qui a été ou sera, tout cela est ici contenu.

Vaine est toute quête à l'extérieur. Aucune connaissance ne vous atteindra jamais d'une autre source que de ce petit lotus du cœur. En ce moment vous êtes en train de le brider de telle sorte qu'il ne peut pas s'ouvrir. C'est avec les illusions du mental que vous le ligo­tez d'un nœud solide. Ce nœud vous devez le briser. Débarrassez-vous d_ l'erreur scolas­tique, faites de votre mental une surface calme et sereine sur laquelle le Seigneur de la demeure du cœur pourra réfléchir des images de Vérité, devenez comme des petits enfants qui ne sont pas encombrés de préjugés, et vous obtien­drez la connaissance.

Article publié par W.Q. Judge dans la revue The Path (mars 1888) sous le titre « Give us one fact » (N.d.T.).

1.      Nous pouvons affirmer notre accord avec l'auteur, après avoir vu un jour des choses tout aussi étonnantes accomplies par H.P. Blavatsky et entendu le lendemain des accusations de tricherie portées contre elle, et de crédulité contre ceux qui avaient été témoins des faits. (N.d.Ed.) [retour texte]

2.      Chap. VIII, I, 1,3 (N.d.T.). [retour texte]

Cahier théosophique n° 151 - © Textes Théosophiques.