Sommes-nous abandonnés ?

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Après le départ de H.P Blavatsky [H.P.B.] de la scène active du monde quelques voix timides se sont élevées pour demander dans la Société [Théosophique] : « Les Adeptes nous ont-ils abandonnés ? ». Cette question fut aussi posée par certains membres qui, sans être d'un caractère faible, n'ont pas compris très clairement ce que sont les Adeptes, ni comment Ils travaillent ; or, dans l'usage du terme « Adepte » sont compris aussi les « Mahatmas », les « Frères », les « Maîtres ».

Que ces êtres existent ne fait aucun doute pour nous, puisque pour ceux qui ont étudié selon la méthode requise, maintes preuves en ont été données ; quant aux autres, les preuves existent en eux-mêmes. Les premiers ont reçu des preuves tangibles des Adeptes sous forme de lettres et d'apparitions ; les seconds sont arrivés à la conclusion que les Maîtres sont une nécessité dans l'évolution. Ceux qui reçurent des preuves palpables les avaient méritées par leur Karma et leur travail passé ; les autres, étant passés par l'épreuve et le raisonnement dans des vies antérieures sont arrivés rapidement à cette conclusion que puisqu'il existe des grades d'intelligence, de sagesse et de pouvoir au-dessous de nous, il doit y en avoir au-dessus, conduisant tous, ex necessitate rei, à l'Adepte ou au Maître de tous les degrés.

Déjà dans les rangs de la Société on a toujours rencontré trois attitudes mentales concernant la question de savoir si oui ou non les Adeptes, une fois leur existence admise, ont quelque chose en particulier à faire avec la S. T. Premièrement il y a ceux qui le croient ; deuxièmement, ceux qui ne le croient pas ; troisièmement, ceux, qui parfois ont des doutes et à d'autres moments en sont sûrs et restent indécis.

Ceux qui croient que le Mouvement de la S. T. [Société Théosophique] n'est qu'un développement naturel de la pensée ne peuvent être touchés par cette discussion ; le premier et le troisième groupes seuls peuvent être intéressés par la question. Une fois pour toutes, il faudrait que ces derniers réalisent que l'idée de l'existence des Adeptes et de leur lien avec notre mouvement fut en premier lieu lancée en Occident, dans ce siècle et dans notre Société, par H. P. Blavatsky ; tout au long de sa carrière, elle n'a jamais cessé de déclarer que les Adeptes ; qu'elle se plaisait à appeler ses Maîtres, l'avaient engagée à entreprendre ce travail et l'ont toujours aidée et dirigée. Qu'Ils aient pu la guider, elle personnellement, pour ensuite abandonner la Société qu'elle avait fondée pour la simple raison que son corps physique était arrivé à sa dissolution semble aussi illogique qu'inconcevable. Bien des personnes ont affirmé avoir reçu des messages écrits de ces mêmes Maîtres, messages dans lesquels Ils disaient consacrer une partie de Leurs efforts au bénéfice de la S.T. Parmi ces personnes nous pouvons mentionner A.P.  innett, qui n'a jamais dit le contraire et qui possède aujourd'hui un grand nombre de ces lettres. Pourquoi les fondateurs invisibles retireraient-Ils Leur aide quand le travail de la Société ne fait que commencer à produire ses justes effets sur le siècle ? Il ne semble pas y avoir de réponse raisonnable à cette question.

Une fois que nous admettons qu'Ils existent et qu,'Ils ont, adopté pour ce siècle la S.T. comme l'un de Leurs agents pour propager la vérité sur l'homme et la nature, nous sommes obligés de supposer que les règles du simple bon sens suffisent à trancher la question de la continuation de l'aide ou de son retrait. Une des conclusions les plus évidentes c'est que la Société ne peut être abandonnée avant d'avoir accompli sa mission, ou d'avoir tout à fait échoué. Seize années de travail assidu ont produit un effet énorme sur la pensée en Amérique, en Europe et en Asie, mais cet aspect du travail visait à lutter contre les préjugés et à briser l'opposition et, en ce début de seizième année, à éveiller un certain intérêt pour les doctrines présentées à l'attention de l'Occident grâce aux efforts de nos membres. De là, nous devons déduire, en êtres prévoyants et raisonnables, la nécessité d'une continuation de l'aide. Il est clair que le travail de grande diffusion et de sage édification reste encore devant nous. Pourquoi alors ces Adeptes nous abandonneraient-Ils ? Ici encore, on ne peut raisonnablement répondre à cette question.

Mais si nous tenons compte de ce que nous savons des motifs des Adeptes et des méthodes qu'Ils emploient, nous ne pouvons supposer un instant que nos fondateurs réels et nos aides constants puissent nous laisser combattre seuls. Dans des lettres et des messages provenant d'Eux, nous lisons que Leur motif est d'aider le progrès moral de l'humanité et, de là, au progrès objectif et que Leur méthode consiste à travailler derrière le rideau par l'intermédiaire d'agents adaptés au travail. Ces lettres et ces messages stipulent aussi que ce rôle d'agent ne se borne pas à une seule personne mais que les amants sincères de la Vérité sont utilisés à cette fin, qu'ils le sachent ou non. Le départ de H.P.B. ne fait pas disparaître de la scène les autres amants sincères de la Vérité, pas plus qu'il n'empêche les Adeptes d'envoyer des messages, si cela est nécessaire. De tels messages furent reçus avant le départ de H.P.B. par des personnes qui n'étaient nullement en relation avec elle et, depuis ce triste événement, sont venus encourager ceux qui avaient droit à un tel encouragement. Le contenu de ces messages n'est pas pour le public, ni en vérité pour personne d'autre que ceux à qui ils sont parvenus.

Et, même si de tels messages n'avaient pas été reçus, l'aide des Maîtres serait amplement démontrée pour ceux qui ne sont pas aveugles. Car, ainsi qu'Ils l'avaient dit il Y a longtemps, le travail serait aidé, et il le fut ; aucune autre raison ne peut être donnée au développement du travail en Amérique, car l'effort personnel déployé par les membres ne suffit pas à expliquer l'extension du mouvement. Et maintenant, considérons comme une prophétie faite dans les messages dont nous venons de parler que dans le royaume de la Grande Bretagne et en Europe, d'ici cinq ans, on verra une propagation similaire de la Théosophie. Qu'aucun de nous ne se laisse donc aller au découragement. De même que les Maîtres existent, de même Ils nous aident et de même que nous le mériterons, Ils nous paieront en retour.

W.Q. Judge.

© Textes Théosophiques - Cahier Théosophique n°91.