Défendre la Théosophie

par Espace Théosophie
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L'une des raisons qui amenèrent l'éclatement des forces rassemblées par H. P. Blavatsky dans sa politique d'organisation théosophique fut le manque de soutien de la part de ceux qui l'entouraient pour défendre le mouvement contre la critique d'un monde hostile. Un autre aspect du même défaut fut responsable de la désintégration qui suivit la mort de W. Q. Judge.

Le pouvoir de la foi qui est en nous peut vraiment être jaugé par la force avec laquelle nous la défendons contre toute attaque. Ce que notre foi signifie réellement pour nous se révèle par notre pouvoir de nous sacrifier en son nom. Marcher aux côtés de notre Déesse de la Foi quand elle est populaire, la suivre alors qu'elle est couronnée de gloire comme une héroïne acclamée, s'enorgueillir de son nom et de sa célébrité, n'est pas une preuve que nous sommes ses vrais fidèles. Lorsqu'elle est discréditée et méprisée, lorsque tout ce que les hommes lui jettent à la face n'est que dédain et mépris, lorsque, vêtue de haillons, elle marche inaperçue ou montrée du doigt — c'est à cette heure-là que le cœur subit sa véritable épreuve. Défendre à tout prix ce que nous tenons pour vrai et le défendre avec justice à l'égard de nos propres convictions aussi bien qu'avec sympathie pour les croyances sincères des autres est une expérience que toute âme humaine doit traverser.

La faculté d'être fidèle à soi-même résulte d'un processus par lequel on montre sa fidélité à ce que l'on juge vrai, que ce soit par le pouvoir de la pensée et de la raison, ou par la force de l'instinct et du sentiment. Même par le vice du fanatisme, l'âme immortelle de l'homme acquiert la vertu de fidélité à la vérité. Le processus est lent et pénible, comme le sont tous les processus de la nature. Être fidèle avec agressivité à ce qui nous semble correct est le commencement d'une lente et épuisante ascension vers l'altitude sereine, indomptable et conquérante, où l'on se tient, inébranlable dans la défense de la vérité perçue, débarrassé de toute agressivité, inimitié ou haine, animé par un esprit d'aide à l'égard de ceux dont la critique hostile a appelé une telle défense, pénétré par la dévotion et stimulé par la connaissance.

H.P. Blavatsky fut un défenseur exemplaire de la Foi. Ce fut son habitude invariable de défendre la Théosophie, contre vents et marées, même au prix d'amitiés chères. Elle sacrifiait tout lorsque sa Déesse de la Foi était attaquée et jamais un seul instant elle n'hésitait. Non contente du splendide exemple donné, elle enseigna la nécessité d'une telle action comme un exercice spirituel ; et, lorsque ses étudiants et ses élèves se montraient de faibles défenseurs, son feu ardent et son zèle — en eux-mêmes une salutaire leçon — les poussaient à accomplir leur devoir.

Comme d'autres caractéristiques propres à la fois à l'être et à l'enseignement de H.P. Blavatsky, cette attitude se rencontre dans la vie et l'œuvre de tous les véritables instructeurs de la Sagesse. On pourra la trouver dans les enseignements et les activités de W.Q. Judge. Damodar K. Mavalankar gagna sa grâce, entre autres choses, par une offrande similaire. Les leçons qui découlent de l'observation et de l'étude de cette caractéristique sont précieuses pour l'aspirant d'aujourd'hui.

Le nouvel enthousiaste en Théosophie passe par l'octave du fanatisme, depuis les propos malveillants et agressifs jusqu'au mépris muet d'une personne « supérieure ». Tout comme l'embryon repasse au cours de sa courte période de vie prénatale par toutes les phases de sa longue évolution passée qui couvre des millions d'années, l'embryon théosophe parcourt à nouveau toute la gamme de ses propres expériences psychologiques, lorsque, dans cette incarnation, il reprend le fil de son propre développement intérieur et du service extérieur des autres âmes.

L'une de ces expériences a trait à la défense de sa propre foi : celle-ci peut être une simple croyance, ou la perception directe de la connaissance acquise, qui s'accompagne de sa propre conviction naturelle. Peu d'entre nous peuvent s'empêcher d'être des fanatiques théosophiques, pour la simple raison que nous avons été dans le passé des non-théosophes, et, à ce moment-là, des fanatiques non-théosophiques. La durée d'un tel fanatisme dépend de la force non encore épuisée de ce fanatisme prénatal, et de nos propres efforts, ici et maintenant, pour incarner en nous-mêmes le pouvoir vivant de la Théosophie. Ce second facteur suppose la pratique importante de l'autocorrection.

Quel est le meilleur moyen de se prémunir contre les attaques dirigées sur la Théosophie, ses Maîtres et ses étudiants, son mouvement et son activité ? Les attaques sont le résultat de l'ignorance ; quand elles n'ont pas leur source directement dans un misérable préjugé, elles sont suscitées par la crainte et la haine de gens dont la Théosophie menace ou dénonce les intérêts personnels. Comme tous les intérêts personnels prospèrent grâce à l'ignorance d'hommes et de femmes bien-intentionnés, nous sommes en vérité face à face avec un seul ennemi puissant — l'Ignorance, un ennemi contre lequel nous devons avoir une arme de défense.

Il y a deux principales méthodes auxquelles nous pouvons avoir recours ; H.P. Blavatsky, W.Q. Judge et d'autres véritables compagnons de la Sagesse les utilisèrent toutes les deux. La première est une contre-attaque pour faire face à l'offensive et aux attaquants qui la mènent : elle consiste à relever les failles dans leurs méthodes et leurs mouvements et à montrer à leurs admirateurs combien leurs procédés sont erronés et trompeurs ; en même temps, et par là même, à faire ressortir dans leurs arguments ce qu'il y a de vrai et d'authentique (et qui tient leurs admirateurs si fermement attachés), en montrant combien ce qui est vrai est pris de travers et ce qui est authentique utilisé à contresens. Cette façon de faire exige toutefois une profonde connaissance de ces méthodes et de ces mouvements, ainsi que la capacité d'utiliser avec adresse les armes de l'attaque. Une offensive demande une plus grande préparation, car elle exige de prévoir des dispositions d'autodéfense en cas de défaite et aussi les plans pour établir l'ordre et un bon gouvernement dans le pays ennemi lorsque la victoire a été gagnée. La seconde méthode consiste à ne pas dénoncer les fantaisies, les inconséquences, les inventions fallacieuses et les mensonges de celui qui attaque la Théosophie, mais plutôt à faire découvrir l'utilité, la cohérence, la beauté et la vérité de la philosophie et de la position qui sont les nôtres. Un tel tableau rayonnera sa propre influence bénéfique et produira son effet magique sur les foules qui sont victimes de l'ignorance et des intérêts personnels.

Siècle après siècle, les Maîtres de Sagesse combattent l'ignorance, par une démarche unique où se fondent ces deux méthodes en harmonie totale.

Dans nos premières luttes sur le plan de la Théosophie, nous souffrons souvent d'un enthousiasme déséquilibré et avons tendance à nous lancer sur les flots houleux de la première méthode. En copiant le noble exemple de H.P. Blavatsky dans nos attaques contre la science ou la théologie, le spiritisme ou la néo-Théosophie, nous oublions que nous ne possédons pas sa connaissance — non seulement la connaissance positive des faits, mais aussi l'approche de l'intérieur pour discerner ce qui est faux ou fallacieux, et pour quelles raisons. Aussi est-ce la voie de la sagesse que d'apprendre à utiliser d'abord la seconde des méthodes évoquées ci-dessus. Rien ne peut défendre la Théosophie aussi bien que la Théosophie elle-même. Laissons-la parler en son nom — à travers nous. Répandons la bonne nouvelle de la Théosophie et faisons découvrir à tous ceux que nous rencontrons la force, la beauté, la vérité universelle de la Théosophie. Par cette méthode, certains se débarrasseront sûrement de leur carapace d'ignorance et de préjugés. Lorsque, par des efforts répétés, notre propre connaissance aura grandi et notre capacité de discernement se sera épanouie, nous serons prêts à manier les armes de la première méthode.

Répandre le plus largement possible les enseignements de la Théosophie de façon à ce que le pouvoir de la Sagesse agisse comme son propre défenseur, voilà tout un art pratique.

Tout d'abord, il faut comprendre que la défense de la Théosophie et l'effort actif pour répandre son message vont de pair. À mesure que nous assimilons les enseignements, nous devrions rayonner le pouvoir de la Théosophie. Ceci réalisé, il reste encore à aider les autres à réajuster leur contenu mental. C'est un tort de supposer que c'est l'absence de connaissance qui amène les attitudes ou expressions anti-théosophiques ; souvent, c'est l'existence d'idées erronées, de pensées fausses, de raisonnements incorrects. Notre tâche serait comparativement aisée si nous avions affaire seulement à des bambins ignorants ; mais nous devons travailler avec des êtres humains dont le mental est déjà animé par des notions non-théosophiques. Il est beaucoup plus difficile pour un tel mental de faire les réajustements nécessaires.

Rappelons-nous que la manifestation vigoureuse de sentiments anti-théosophiques fait suite à une accumulation silencieuse et passive de façons de voir non-théosophiques. Pour contrecarrer cette accumulation silencieuse, nous devons nécessairement travailler en silence à l'accumulation de sentiments inspirés par la Théosophie. Les gens qui adhèrent à de fausses croyances ne doivent pas être abordés en essayant de leur faire adopter des principes théosophiques — ainsi se méprennent bon nombre de nos jeunes enthousiastes. La connaissance doit chasser la croyance, et la conviction éclairée faire crouler la foi inintelligente. Pour obtenir la connaissance et posséder une telle conviction, il faut nécessairement passer par l'étude, la réflexion et l'écoute de la doctrine répétée, non seulement pour notre propre avancement personnel, mais aussi comme une discipline instituée pour aider les étudiants moins « avancés » que nous à réajuster leurs conceptions mentales. L'acquisition de la connaissance par une étude persévérante ne devrait pas être entreprise dans un but égoïste mais comme un devoir visant l'évolution de la race elle-même.

Après l'étude des doctrines vient aussitôt la tâche d'amener les autres à cette étude. Il faut user de discernement pour faire circuler les livres qui conviennent. D'excellents livres sont à la disposition de ceux qui se posent des questions, des débutants, aussi bien que des étudiants avancés. Ne tombons pas dans l'erreur d'être trop rigides dans le choix des livres que nous recommandons. C'est faire preuve de sagesse que de déterminer quel livre particulier aidera telle ou telle personne. Si nous pouvons découvrir ce qui a poussé chacun à s'approcher de la Théosophie, si nous pouvons percevoir ses inclinations mentales, évaluer sa faculté de pensée et de réflexion et son tempérament, nous pourrons découvrir le livre qui l'attirera le plus. Il y a pour chacun une ligne de moindre résistance, aussi bien qu'une voie par laquelle un écho intérieur peut se faire entendre.

Par notre propre étude, individuellement ou au cours des réunions, de même qu'en vivant notre vie selon les enseignements, nous accomplissons le travail positif de préparer le nerf de la guerre. Par la seconde étape qui consiste à répandre correctement les vrais enseignements de la Théosophie, nous avons déjà porté la guerre dans le camp ennemi de l'ignorance ; chaque mental réajusté grâce aux livres signifie une perte pour cet ennemi. Il faut s'attendre à un assaut vigoureux dirigé contre nous, et notre succès dépendra ce jour-là de notre authenticité en tant qu'étudiants. Ceux qui feignent de croire, ceux qui apprennent par routine, ou ceux qui n'auront pas réussi à assimiler les enseignements, ou encore ceux qui auront joué un rôle appris par cœur, etc... déserteront le champ de bataille. Ceux qui auront appris en vue d'enseigner, qui auront obtenu et amassé de la connaissance dans le but de l'offrir, à titre de service avec amour et intelligence, ceux-là tiendront leur poste pour la plus grande gloire de l'Homme.

Traduction de l'article « Defence of Theosophy » publié dans la revue The Theosophical Movement, Vol. 2, p. 50-51 et Vol. 30, p. 73-6. © Textes Théosophiques. Cahier Théosophique N°134.