Le pouvoir vivant de la Théosophie

par Espace Théosophie
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Une des difficultés auxquelles se heurtent les étudiants de la Théosophie est le point de vue pratique et par conséquent unilatéral ou déformé qu'ils adoptent de la Religion-Sagesse : pour certains, la Théosophie prend la place d'une croyance dépassée ; pour d'autres, elle offre un meilleur champ de spéculation philosophique ; pour une troisième catégorie, elle est l'étude intéressante d'une nouvelle science qui instruit là où la connaissance moderne s'arrête ; pour d'autres encore, elle offre, par les associations nombreuses et diverses qui existent en son nom et pour sa cause, des voies d'accès à quelque expression altruiste. Seuls quelques individus semblent reconnaître le caractère synthétique de la Théosophie, c'est-à-dire qu'elle est tout à la fois la religion de l'Esprit, libre et immortel, la philosophie du Cœur, que nous devons mettre universellement en pratique à tout instant, la science de la Vie, qui nous instruit des méthodes auto-déterminées mettant en jeu des énergies qui ne meurent jamais et tendent vers la Soi-Conscience universelle, et, finalement, l'instructeur qui enseigne l'Altruisme supérieur qui demande une réforme individuelle et une croissance de chacun, procédant de l'intérieur, et entraînant la croissance de tous.

Il est curieux que la science du Soi, pour beaucoup de gens, puisse s'appliquer à toute sorte de chose excepté au Soi, et que l'opération de ses lois soit perçue dans tous les autres êtres, excepté en soi-même. Chacun vit par quelque pouvoir présent au-dedans de lui-même, et dont l'influence est si éclipsée, et même oblitérée, qu'il demeure sans pouvoir être reconnu. Ceci a lieu parce que, dans le domaine des actions, la volonté des autres guide nos organes d'action ; pareillement, sur le plan des sentiments, notre cœur est stimulé par les émotions des autres ; de même, sur le plan de la pensée, nous pensons par procuration alors que souvent notre tête n'est remplie que des pensées d'autrui.

L'étudiant devrait reconnaître, dans toutes leurs implications, deux principes fondamentaux : à savoir, que la Théosophie est une grande synthèse de la Religion, de la Philosophie et de la Science, et que, en tant que synthèse, elle vise, touche et affecte, essentiellement, les Forces causales du Soi, produisant comme effets des myriades de formes. Dès lors, sa tâche deviendra moins difficile.

Une telle reconnaissance le conduira inévitablement à étudier chaque vérité théosophique de trois points de vue — esprit, mental, matière — et à appliquer également chaque vérité dans les trois sphères distinctes du cœur, de la tête et des mains. Une telle étude et une telle pratique convaincront très vite l'étudiant que cette synthèse a sa racine dans son propre Être spirituel et qu'elle en émane, mais qu'elle affecte, par ses actions humaines, les actes des autres, par ses attirances et ses répulsions, les plaisirs et les peines des autres, par ses pensées, le mental des autres, tandis qu'il est lui-même, à son tour, ainsi affecté par les autres. Si l'étude de la Théosophie la fait apparaître comme une synthèse de la religion, de la philosophie et de la science, en appliquant ses enseignements et ses doctrines, nous ne tardons pas à pressentir en outre un quatrième facteur — une sorte de sur-âme — l'Altruisme supérieur.

L'Altruisme dont les trois aspects sont la religion que nous devons vivre, en fonction de la philosophie que nous devons apprendre et de la science que nous devons mettre en pratique. Mettre en pratique, apprendre et vivre pour et comme le TOUT, c'est manifester le Pouvoir vivant de la Théosophie.

Ce pouvoir vivant de la Théosophie gît latent, profondément enfoui dans le cœur de chaque homme. Par conséquent, celui qui n'est pas un théosophe est un théosophe à l'état embryonnaire. Il devrait être clair pour un étudiant intelligent que sa tâche, quelque difficile qu'elle soit, n'est pas complexe. La Théosophie préconise la vie simple en soulignant avec insistance, de mille façons, que le pouvoir par lequel nous vivons est de nature simple, tant dans son origine que dans ses opérations. Les hommes se sont écartés de cette simplicité et se sont accablés de mille complexes en recherchant la connaissance en dehors du Soi et la divinité ailleurs que dans le Soi. Ainsi engagés sur le plan incliné de la régression, nous voyons de la division là où existe une solidarité — division entre science et religion, entre inanimé et animé, entre profane et sacré. Au lieu de proclamer « l'immanence de Dieu et la solidarité de l'homme », on proclame Dieu au ciel et les hommes, enfants de poussière et vers sur la terre.

Cette erreur, et sa correction que la Théosophie apporte, chaque étudiant doit en prendre connaissance et en trouver les applications à lui-même, dans sa propre vie. S'il ne le fait pas, la Théosophie restera une religion, une philosophie, une science, un type de charité, une méthode philanthropique par opposition à d'autres religions, philosophies, sciences, types et méthodes d'efforts altruistes.

H. P. Blavatsky s'est plainte ouvertement, en plus d'un endroit, de l'absence de solidarité dans les rangs des théosophes, alors que ceux-ci étaient capables de prêcher des vérités religieuses et d'apporter au monde scientifique, de façon instructive, des informations merveilleuses. La religion de l'Esprit Universel ne parvient pas à inspirer la plupart d'entre nous lorsque notre sensibilité se trouve heurtée par un compagnon théosophe, ni à nous donner le courage de nous tenir à ses côtés lorsqu'il est injustement attaqué. Notre philosophie du Soi un et indivisible s'évapore en théorie impraticable lorsqu'il nous faut déclarer que le lépreux moral, le prostitué intellectuel et l'ivrogne psychique sont nos frères. Ceci continuera aussi longtemps que nous n'appliquerons pas la Synthèse de la Théosophie pour purifier notre nature inférieure et créer une perception supérieure de l'altruisme.

Le Pouvoir Vivant de la Théosophie doit devenir le pouvoir par lequel nous vivons. Puisque nous avons un instrument matériel et un mental qui fournit de l'énergie, et que nous sommes spirituels en essence, nous devons vivre comme des êtres spirituels notre Religion d'Immortalité Joyeuse qui anime et illumine le mental. Avec l'aide de la philosophie de la Théosophie, nous devons faire en sorte que le mental stimule notre demeure de chair de façon à ce que celle-ci ne soit plus un palais du plaisir, mais un Temple du Dieu Vivant, le Régent qui gouverne de l'intérieur.

Traduction de l'article « The Living Power of Theosophy » publié dans la revue The Theosophical Movement, Vol. 2, p. 42-3 et Vol. 30, p. 35-6. © Textes Théosophiques. Cahier Théosophique N°134.